dimanche 15 mars 2026
Maman : C’est au sujet de ma fille. J’ai toujours veillé à ce qu’elle ne manque de rien sur le plan matériel. Mais pratiquement c’est ma mère qui l’a éduqué .
PSY : Vous n’aviez sans doute pas le choix.
Maman : C’est plus compliqué que cela. Je vois que vous n’avez pas lu le rapport de votre collègue.
Psy : En effet , je préfère ne pas être influencé et reprendre à zéro.
Maman : Bien ! Je dois donc à nouveau tout déballer !
Psy : Cela me permettra de voir où vous en êtes au niveau de votre chemin de guérison . En fonction de votre charge émotionnelle qui est un indicateur.
Maman : OK . Je n’ai jamais voulu avoir de bébé. Je n’ai jamais eu la fibre maternelle. En fait Océane est le fruit d’un abus. Vous comprenez. Je n’avais que 20ans , c’était ma première sortie. Ils m’ont fait boire et je me suis retrouvée ensuite à l’hôpital pour coma éthylique. J’ai accouché 9 mois plus tard.
Psy : Je comprends.
Maman : Entretemps, Océane est devenue une adolescente qui essaie de comprendre pourquoi je suis aussi distante avec elle.
Psy : Est-elle au courant de ce qui vous est arrivé ?
Maman : Non.
Psy : Pourquoi ?
Maman : Maman et moi avons jugé qu’il était préférable qu’elle ne le sache pas pour la préserver.
Psy : Quelle a été votre lien avec votre propre mère ?
Maman : Neutre. Ma mère a surtout aimé mon père . C’était une relation fusionnelle . Parfois je me retirais pour ne pas les déranger. Puis un jour mon père n’est plus rentré. Elle a passé des heures devant la fenêtre à guetter son retour. Son corps a été retrouvé dans un ravin des années plus tard. Ma mère est devenue dépressive et j’avais l’impression de ne pas exister . Alors un soir je suis sortie, vous connaissez la suite .
PSY : Pourtant vous avez choisi de garder votre enfant .
Maman : Non ! J’ai fait un déni de grossesse. Je ne pouvais plus avorter c’était trop tard.
Psy : Qu’est-ce qui vous a permis de surmonter ce trauma ou de reprendre le cours de votre vie ?
Maman : L’amour de ma vie . J’ai rencontré un homme merveilleux qui a été brisé dans son enfance. On a convenu de ne pas avoir d’enfant. Et il n’y avait pas de place dans notre vie pour Océane. Il était au courant pour elle . Maman m’a supplié de ne pas la mettre à l’adoption. Elle m’a forcé à la lui confier.
Psy : Et aujourd’hui ?
Maman : Aujourd’hui j’ai perdu ma mère et l’homme de ma vie et je dois faire face aux reproches de ma fille .
Psy : Pourquoi ne pas lui dire la vérité ?
Maman :Je ne veux pas la voir s’effondrer.
Psy : Parlé moi de votre fille.
M : Elle est merveilleuse . Tellement douce , belle, gentille, intelligente. C’est un ange.
Psy : Comment va-t-elle ?
Maman : Elle est fort dans le questionnement .
Psy/ : Elle a donc besoin de réponses claires sur ce qui s’est passé.
Maman : Je ne suis pas psychologue mais je suis sûr qu’elle va être choquée !
Psy : Oui , mais en même temps elle comprendra que le problème ne vient pas d’elle.
Maman : Ce qui me bouleverse c’est qu’elle m’a demandé si je l’aime ?
Psy :Et qu’avez-vous répondu ?
Maman : Je n’ai pas eu le courage de lui dire je t’aime.
Psy : Et après ?
M : J’ai fait une folie pour la première fois , je lui ai offert un sac de marque. Le dernier modèle d’Yves Saint Laurent.
Psy : Comment a elle réagit à ce cadeau ?
Maman : Je ne sais pas à vrai dire , je n’étais pas là .
Psy : N’est-ce pas un double message que d’offrir sans être là pour partager le moment le plus
précieux ? Vous semblez avoir du mal avec les émotions n’est-ce pas ?
Maman : Océane n’a jamais été mon BB mais celui de ma mère qui a pris conscience sur le tard qu’elle m’a complètement négligé. Avec Océane elle a voulu se rattraper. Mais moi je voulais juste tourner la page et me libérer de cette histoire . Ma conscience était tranquille à l’époque. Ma mère lui a donné tout son amour celui que je n’ai jamais reçu et moi j’ai assuré matériellement.
Psy : : Pensez-vous qu’on puisse acheter l’amour avec du matériel ?
Maman : Mais c’est ma façon de l’exprimer.
Psy : De quoi avez-vous peur ?
M : J’ai peur de la regarder en face et de lui dire la vérité . Comment puis-je soutenir son regard en lui disant je t’aime alors que je l’ai abandonné chez ma mère ! Je ne veux pas la voir souffrir comme j’ai souffert , je veux la voir heureuse.
Psy :Pourquoi ?
Maman : Parce que je l’aime !
Psy : C’est ça que votre fille veut voir et surtout ressentir. Je pense qu’il est vraiment important de le lui dire surtout si elle vous le demande. Sachez que le regard et la voix ne trompe pas .
Maman :Merci. J’ai compris .
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5 commentaires:
Bonjour Nadera,
Que voilà un texte fort, très fort, qui explique bien es choses !
Ah les non-dits de familles !
Que de malheureux ils font, qui s'enlisent dans les problèmes toute leur vie !
C'est remarquablement écrit, observé et sobre. Pas de mélo, les faits, rien que les faits, avec beaucoup de lucidité...
Et si en fin de compte, Océane et sa mère acceptaient de se parler ? Ce serait trop beau sans doute, et conventionnel.
Pourquoi pas une rupture définitive à l'issue d'une discussion orageuse ? Le pardon est parfois difficile à obtenir ou à donner...
Bravo pour ce texte rythmé, captivant, qui pourrait être une fin ouverte...
Bien à toi,
Jan.
Bonjour Nadera,
Une vraie séance de psy! Je me demande quelle était la charge émotionnelle de la maman lors de cette séance? La maman a t elle réellement digérer cette affaire? Car entre comprendre et passer le pas pour dire "je t´aime", il y a encore une marge.
Et si, en fin de compte, Océanie avait été mise au courant par sa grand-mère, comment auraient évolué les relations dans la famille? Au plaisir de te lire. Danièle
Bonjour Nadera,
Un de tes plus beau texte !
Un dialogue franc entre une femme qui refuse sa maternité et une psy très proactive !
Et si, en fin de compte, ce que dit la patiente de la psy n'était que du vent pour lui faire plaisir ?
La fille-mère ne s'est-elle pas inventé une histoire pour ne pas culpabiliser ou s'excuser ?
Cela expliquerait sa relation avec Océane qu'elle ne voit que comme "le restant" encombrant d'une certaine époque...
Quelle suite encore donner ?
Bien à toi,
Michel.
Bonjour Nadera,
C'est une situation bien sombre qu'ont dû affronter tant la maman d'Océane que la grand-mère de celle)ci. Des femmes victimes de la société et des images qu'elles se font d'elles-mêmes.
Il n'y a rien de pire que les non-dits.
Et si en fin de compte Océane se montre soulagée de connaître son histoire familiale et les sentiments complexes que sa mère ressent et avant tout le fait qu'elle l'aime ?
Je pense que ton histoire va avoir une chute optimiste.
Au plaisir de lire cette suite,
José
Bonjour Nadera,
Comme Danièle, dans le texte précédent, tu as recours à la technique du confident/psy pour raconter le passé sans risquer les excès d’émotion et c’est une réussite. On comprend maintenant la complexité des relations mère/fille de génération en génération.
Le dialogue est mené habilement. On s’y croirait.
Un détail : l’allusion à un changement de psy me semble tout à fait superflue.
Autre détail, plus important au niveau de la cohérence : dans le chapitre précédent on avait l’impression que la mère d’Océane était une femme indépendante et carriériste, pas trace d’un homme dans sa vie. En revanche dans celui-ci, c’est son compagnon qui en l’élément essentiel. Je pense que tu devrais revoir cela au moment de la mise au point finale.
A moins que cette apparente incohérence ne soit le signe que « maman » ne dit pas toute la vérité comme semble le soupçonner Michel.
Tu as donc encore un large choix de dénouements possibles.
Dans ton sixième chapitre, sous le signe du bleu, un jouet sera à mettre en relation avec un souvenir.
Bon travail,
Liliane
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