mercredi 6 mai 2026
COMME UNE ODEUR DE MUGUET
L’ANNIVERSAIRE
Océane: Je veux ma maman. Elle vient quand?
Mamie: Ma chérie je suis désolée vraiment mais elle ne viendra pas.
Océane: Elle avait promis d’être là pour mon anniversaire.
Mamie: Je sais. Je comprends ta déception. Mais elle n'a pas eu le choix. Cela ne dépend pas d'elle, ne lui en veux pas.
Océane: Son travail! Toujours et encore! Maman préfère travailler qu'être avec moi!
Mamie: Ce n'est pas ce que tu crois.
Océane: Mamie c'est ce que je VOIS. Maman n'est pas là!
&&&
Mamie: Ah le beau sourire qui me fait chaud au cœur.
Océane: Alors tu n'es pas fâchée contre moi?
Mamie: Fâchée? Moi ? Et contre toi en plus mais où vas-tu chercher ça?
Océane: Ce matin j'étais en colère et j'ai dit des choses. Parce que je n'arrivais pas à me contrôler.
Mamie: Ne t'inquiète pas pour ça. Ton attitude est tout à fait juste. Et puis la colère c'est comme un volcan en éruption; il faut que ça sorte. Et c'est sorti!
Océane: D’habitude cela ne sort jamais. Cela reste en moi. Parce que si ça sort je vais me faire disputer.
Mamie: Tu peux lorsque tu es seule prendre ton coussin et taper dedans. N’aie pas peur ce n’est pas le coussin qui ira se plaindre.
Océane: C’est une bonne idée. Et toi tu as déjà tapé dans un coussin à cause de la colère?
Mamie : Oui ! Regarde dans quel état sont mes coussins ! Au moins tu ne fais de mal à personne.
Océane: Merci pour ta belle surprise.
Mamie: Je suis heureuse que cela t’ait plu.
Océane: J'ai adoré l'aquarium. Quels beaux poissons avec leurs belles couleurs.
Mamie: C'est une idée de ta maman. Es-tu encore fâchée contre elle?
Océane: Seulement un peu car elle me manque.
Mamie: Elle me manque aussi.
Océane: Heureusement, que tu es là. D’ailleurs tu as toujours été là.
Mamie: Dis-moi qu'est-ce qui t'a le plus fait plaisir aujourd’hui ?
Océane: Regarder les poissons nager et s’approcher de la vitre. On dirait qu’ils volent surtout les requins qui passent comme des avions au-dessus de nos têtes. Waw que c'est beau!
Mamie: C'est vrai, on est dans un autre univers.
Océane: C'est magique.
Mamie: Garde bien en tête tous les moments magiques de ta vie. Note-les dans un carnet et ouvre-le à chaque fois que tu seras triste.
Océane: C'est une bonne idée. Quand j'ai regardé les poissons, tout de suite je me suis sentie bien.
Mamie: Leur pouvoir réside dans leur lenteur avec un effet calmant. Regarde
Océane: Ah Ah Ah tu imites super bien leur bouche. A moi regarde.
Mamie: Super et tellement amusant... Tu vois ta maman nous a offert une belle journée d'anniversaire.
Océane: On a même mangé un poisson en chocolat.
Mamie: J'ai beaucoup aimé la queue !
Océane: C’est quand qu'elle vient me chercher ?
Mamie: Oups ! J’allais oublier
Océane: Quoi ?
Mamie: Les cadeaux.
Océane: OUI, OUI, OUI les cadeaux, les cadeaux.
Mamie: Les voilà.
Océane: C'est bien emballé. Qu’est-ce c’est ?
Mamie: Tiens prends celui-ci d’abord. Vas-y tu peux le déballer.
Océane: Oh mais c'est le poisson bleu de l’aquarium !
Mamie: J'ai vu que tu l'as longtemps contemplé. Alors j'ai acheté la version peluche.
Océane: On aurait dit, enfin j'ai eu l'impression qu'il me comprenait. Même qu’il voulait me dire quelque chose.
Mamie: Eh bien, c’est bien possible !
Océane: Merci ! Et ça ?
Mamie: C'est le cadeau de ta mère.
Océane: Un poisson rouge. On dirait un vrai ! Eh il y' a un bouchon en dessous.
Mamie: Oui, il me semble qu'il y' a quelque chose à l'intérieur. Regarde !
Océane: Il faut enlever le bouchon. Voilà, il y' a un papier. Tu peux me le lire ?
Mamie: "Ma chérie, aujourd'hui c'est ton anniversaire. Je ne suis pas là à mon grand regret. Mais crois-moi tu es dans mon cœur. Je t'envoie tout mon amour. Ce poisson rouge pour te rappeler la belle journée passée à l’aquarium. Je sais que tu aimes les poissons. Dès que je reviendrais de mission on fêtera une deuxième fois ton anniversaire. Maman qui t’aime. Bisous tout pleins. "
Océane: (silence)
Mamie: Ça va ?
Océane: Oui.
Mamie: Dis-moi : « Qu’est ce qui te tracasse ? «
Océane: C’est quand qu’elle vient me chercher ?
Mamie: Silence
Océane: Je sais qu'elle ne tiendra pas sa promesse !
LA FENETRE
Océane : Mamie, je suis vraiment contente d’être restée avec toi. Tu m’as gâtée comme d’habitude.
Mamie : Ce n’est pas grand-chose. C’est un grand bonheur pour moi que tu choisisses de passer l’été avec moi. A ton âge, beaucoup préfèrent partir avec leurs amis ou faire des stages. Et c’est normal.
Océane : Mamie, je n’ai pas d’amies.
Mamie : Comment ça tu n’as pas d’amies ?
Océane : Je suis peut-être trop exigeante. Je ne supporte pas beaucoup les plaisanteries de mauvais goût ni les conversations médisantes. Cela me fait chier excuses- moi.
Mamie : Au moins, tu as le courage de choisir ce qui te convient le mieux sans te laisser influencer. Dis-moi qu’as-tu envie de faire aujourd’hui ?
Océane : Je ne sais pas et toi ?
Mamie : On peut sortir en ville si tu veux.
Océane : Pourquoi ?
Mamie : Pour que tu puisses te changer les idées.
Océane : Mamie ne change pas tes habitudes pour moi s’il te plaît.
Mamie : Bien. Tu sais mon petit plaisir à cette heure-ci c’est de regarde par la fenêtre tout simplement.
Océane : Qu’est-ce que tu regardes ?
Mamie : D’abord je regarde le ciel ensuite j’observe tout, je regarde la vie qui passe. Les parents qui emmènent leurs enfants à l’école. Les commerçants qui s’activent pour ouvrir leur commerce. J’écoute ce qui se dit, les rires, les pleurs, les colères parfois mêmes les disputes. Le cadeau c’est d’entendre les gens chanter mais cela devient de plus en plus rare.
Océane : Tout ça !
Mamie : Oui tout ça. Ma fenêtre donne sur la vie.
Océane : Chez nous quand on parle de fenêtre ce sont souvent celles de nos écrans. Ecran partagé, les ouvrir, les fermer, les agrandir.
Mamie : Cela te dit de partager une vraie fenêtre avec moi ?
Océane : Quand ?
Mamie : Là ,maintenant. C’est jour de marché on peut regarder ce que moi j’appelle une scénette et ensuite tu pourras me faire quelques courses si tu veux bien.
Océane : Quand je t’entends parler de ta fenêtre, c’est si étrange pour moi.
Mamie : Qu’est-ce qui te semble étrange ?
Océane : Le fait que cela soit vivant !
Mamie : Oui bien sûr. Mais tu pleures !
Océane : Ce n’est rien, ne t’inquiète pas. Tu sais bien que je pleure pour un rien.
Mamie : Tu pleures lorsque tu es touchée et ce n’est pas rien. Exprimer ses émotions est une bonne chose. Seuls les morts ne le font pas !
Océane : Je suis un peu perdue en ce moment. Je voudrais avoir une fenêtre ou je pourrais voir des choses qui m’apaisent.
Mamie : Qu’est-ce qui peut t’apaiser ? Qu’est-ce que tu désires vraiment ?
Océane : Je voudrais être toujours vacances. Je voudrais vivre sans pression. Je voudrais vivre pour moi et surtout faire ce que je veux. Je voudrais arrêter de faire semblant de comprendre ce qu’en réalité je ne comprends pas. Je voudrais faire les choses à mon rythme et pas avec un chronomètre. Je voudrais ne plus entendre cette question angoissante de qu’est-ce que tu vas faire plus tard ? Que vas-tu devenir ? Je veux juste me poser et regarder les oiseaux voler.
Mamie : Océane, si je regarde souvent le ciel c’est aussi parce que j’arrive tout doucement à la fin de mon voyage sur terre.
Océane : Non ! Ne dis pas ça. Non !
Mamie : Quand je ne serai plus, il te suffira de regarder par la fenêtre, le ciel ensuite tu fermeras les yeux pour mieux ressentir ma lumière d’amour que je t’enverrai de là-haut. Les oiseaux seront les messagers d’espoirs pour ton avenir.
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Maman : Océane tu as passé toute l’après-midi à la fenêtre tu vas finir par attraper froid.
Océane : Ok je vais la fermer.
Maman : Vérifie si tu as pris toutes tes affaires ?
Océane : Oui. Maman on revient quand ?
Maman : A la Toussaint dans deux mois. On se recueillera sur la tombe de Mamie. Qu’elle repose en paix. Vient-on doit partir maintenant.
LE DEUIL
Mamie cela fait déjà 6 mois que tu nous as quitté. Tu me manques tellement. J’espère que tu es bien là-haut dans le ciel. Ici sur terre c’est la merde !
Je porte encore mon vêtement de deuil. Toujours habillée en noir, je ne me remets pas de ton départ. Les jours d’ensoleillement, je m’habille en gris. Parfois, je tends l’oreille pour entendre ta voix et les voix des fantômes qui me hantent dans mes moments de désespoir. Chère Mamie le temps n’a pas fait son travail comme je l’aurais espéré. Je suis souvent tourmentée, en colère et je l’avoue assez désagréable. Je le sens surtout lorsque maman me regarde en soupirant parce que je tire la gueule. Ce n’est pas contre elle mais c’est plus fort que moi. Parfois, j’ai le sentiment de déranger maman. J’aimerais partir mais je n’ai pas le goût de l’aventure.
Pour le moment j’écris et puis je pleure. J’écris et puis je crie. J’écris et puis je m’apaise. J’écris et puis je réfléchis. Dans mes études je réussis sans passion, sans joie. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je sais que ce n’est pas normal, qu’ à mon âge comme dit maman et comme tu le disais aussi je devrais être avec mes amies. Mais il y’a trop de mais dans ma vie. Tu me manques. T’écrire me fait du bien. S’il te plaît fais-moi un signe ou inspire-moi. Je voudrais te sentir près de moi.
J’écris et puis je me sens mieux.
&&&
Maman : Océane c’est prêt. Tu descends ?
Océane : je n’ai pas faim !
Maman : Il me semble que tu as perdu du poids.
Océane : Ne t’inquiète pas pour moi. Je gère.
Maman : Si tu le dis. Mais je sens bien qu’il y’a quelque chose qui te tracasse. Je peux savoir ?
Océane : Pourquoi ?
M : Tu es toujours habillée en noir.
O : J’ai le droit de porter mon deuil comme je veux !
M Oui, mais il faut t’ouvrir et ne pas t’enfoncer dans la déprime !
O : Je ne suis pas déprimée ! Mais je t’en veux.
M : Ah !
O : J’ai été choquée hier de découvrir dans la commode du hall d’entrée un cadeau que mamie m’a envoyé. Pourquoi tu ne me l’as pas remis.
M : Mais de quoi parles-tu ?
O : De ça !
M : Des gants.
O : Oui des gants que mamie a déposés pour moi. Ils sont magnifiques, elle a même écrit un mot. Je suis fâchée de les trouver des années plus tard au fond du tiroir ! J’aurais pu la remercier si j’avais su.
M : Oui je comprends. Pardon c’est un oubli de ma part.
O : Ce n’est pas la première fois maman !
M : Calme-toi.
O : Je ne suis pas énervée mais déçue.
M : Écoute, mamie est aussi ma maman. A moi aussi elle me manque. Tu dois apprendre à tourner la page.
O : Jamais !
&&&
Mamie j’écris et puis j’attends encore et toujours que tu me communiques quelque chose. Ne me laisse pas s’il te plaît.
Oui je suis déçue par maman et j’ai même de la colère en moi. Je ne peux pas compter sur maman avec ses oublis fréquents. Elle banalise toujours tout et cela m’énerve ! Mais là c’est trop pour moi. Je pense que maman a un nouveau copain, je sens que je serai encore mise sur le côté. J’écris et puis je commence à me décourager. J’ai envie de te rejoindre.
J’étouffe Mamie, je dois ouvrir la fenêtre.
LE MUGUET
Océane : Oh que ça sent bon ! Je n’ai jamais vu autant de muguet de ma vie. Mais c’est ton parfum Mamie.
Mamie : Oui Je me parfume au muguet toute l’année et j’arrête à la saison du muguet. Et cette année Mère nature a été particulièrement généreuse. Je suis tellement heureuse de partager ça avec toi.
Océane : Merci ! Merci ! Quand j’ai vu tous ces muguets j’ai eu l’impression de loin de voir des flocons de neige. C’est magique !
Mamie : N’est-ce pas. Bon maintenant on va passer à la deuxième étape.
Océane : C’est quoi ?
Mamie : On va préparer le muguet à la vente. Tu observes d’abord. Ensuite, si tu veux , tu pourras m’aider. C’est une tige de muguet et deux feuilles le tout enveloppé de papier cellophane et voilà.
Océane : Oui oui je peux le faire.
Mamie : Tant mieux ça ira plus vite. C’est Christiane qui va être contente.
Océane : Ton amie fleuriste ?
Mamie : Oui
Océane : Tu vas les vendre alors ?
Mamie : Oui, c’est la seule fois de l’année où j’ai la possibilité d’avoir un petit revenu et j’y tiens.
Océane : Pourquoi ?
Mamie : Cela me permet de gâter ceux que j’aime. Bon tu es prête on commence ?
Océane : Oui
Mamie : J’ai préparé le papier cellophane, le collant et tout ce qu’il faut pour remplir trois corbeilles. Tu verras demain , premier mai, tout sera vendu
Océane : Tu fais ça depuis longtemps ?
Mamie : Christiane et moi nous vendons du muguet depuis nos quinze ans. Et on a toujours été fidèles à cette tradition.
Ce jour-là je retrouve mes souvenirs d’ado et j'ai toujours l’impression d’avoir quinze ans. Je lui donne aussi un coup de main dans le magasin et on termine la soirée au resto.
Océane : Oh c’est chouette !
Mamie : Oui, c’est une journée où je fais le plein d’énergie grâce aux fleurs et aux belles rencontres avec les clients.
Océane : C’est une journée importante pour toi. Et moi ? Je serai avec vous demain aussi ?
Mamie : Ta maman viendra te chercher ce soir. Elle ne t’a rien dit ?
Océane : Non. Mais peut-être qu’elle va tél pour dire qu’elle est empêchée par son travail comme d’habitude mais cette fois je ne serai pas déçue.
Mamie : Je comprends. Quoiqu’il en soit demain sera une belle journée.
***
Océane : J’étouffe ! Je n’en peux plus ! Tout le monde autour de moi semble si occupé. A qui me confier ? Maman, tu n’es jamais disponible pour moi. Je suis ta fille mais dans les faits il n’en est rien ! Tes sourires sont faux. Tes paroles sont superficielles. D’ailleurs on n’a jamais rien à se dire. Ton regard est parfois si glacial j’en ai la chair de poule. Je n’ai jamais connu le pays de tes bras. Je n’ai jamais senti le réconfort de ta présence. Je sais et je sens bien que je ne compte pas vraiment pour toi. Tes cadeaux et tes excuses ne m’affectent plus. Tu es une mère fantôme. Tu n’as même pas pleuré pour ta propre mère, tu ne pleureras pas pour ta fille non plu. Si je sors de ta vie je serai un poids en moins pour toi. Soleil tu te couches. Tu te lèveras demain comme d’habitude mais sans moi. Allez Océane ouvre la fenêtre et libère-toi pour toujours ! Stop! Oh mon Dieu ce parfum de muguet ! Mais il n’y a pas de muguet dans la chambre et je ne me parfume pas ! Mamie ! Je sens ta présence. Est-ce possible ?
- Ferme cette fenêtre immédiatement !
Cette voix dans ma tête c’est la mienne où la tienne ?
- Ferme cette fenêtre immédiatement !
Il fait froid. Oui Mamie tout de suite. Oh mon Dieu je ne sais plus ce que je fais. Mais ce parfum de muguet me réchauffe le cœur. Mamie tu viens de me sauver la vie. Merci
LE SAC
Maman: Tu ne vas pas me faire des histoires à chaque fois que tu tombes sur cette photo!
Océane: C'est que c'est plus fort que moi. J'ai vraiment cru que mamie allait mourir pendant que tu t’amusais au château.
Maman: Je comprends. Heureusement tout s'est bien passé et c'est l'essentiel.
Océane: Oui , mais j'avais besoin que tu sois là. J'ai paniqué, je t'ai téléphoné au moins vingt fois.
Maman: Écoute on ne va pas se disputer une fois de plus sur ce qui s'est passé. Ma présence n'aurait rien changé. Le médecin est venu et tout est rentré dans l’ordre.
Océane: Oui mais...
Maman: Oui mais NON! Je travaille dur dans cette boîte depuis des années et pour les 10 ans de l'entreprise un Tea building a été organisé. Dans un château prestigieux avec tout le faste qui nous est habituellement inaccessible. Pas question de rater cette opportunité. Inutile de me culpabiliser.
Océane: D'accord mais ce n'est pas la première fois, c'est pareil quand tu voyages ou que tu prends du temps pour toi. En fait tu es rarement disponible!
Maman: Je suis obligée de mettre des limites.
Océane Mais pas avec ta mère et ta fille!
Maman: J'ai besoin de ces bouffées d'oxygène et je dois être déconnectée pour en profiter pleinement. J'ai le droit , ma chérie , de décrocher de temps en temps.
Océane : Tu n’es même pas accrochée !
Maman: Je t'interdis de me juger sans savoir !
Océane: Savoir quoi?
Maman: Ma fille, il est temps d'en finir tes vieilles rancœurs. Arrête de te comporter en victime, cela m'est insupportable! Mon travail me pèse et devient de plus en plus lourd. Crois-moi cette magnifique journée au château avec mes collègues je l'ai bien méritée. Ce chapitre est clos! C'est clair?
Océane: Maman est-ce que tu m'aimes?
Maman En voilà une question! Tu insinues que je ne t'aime pas?
Océane: Tu ne réponds pas à la question.
&&&
- Moi Océane, je suis d'accord pour dire que ce n'est pas parce qu'on parle seul qu'on perd la tête. Je m'imagine sur une scène devant un public attentif et on me donne la parole.
J'entends à TOI: J'en ai des frissons. Il me faut un micro ou ma bouteille d'eau fera l'affaire.
Concentration allez Océane parle : Je me sens confuse, troublée. Je suis. J'existe un jour on me regardera. Mais en attendant je me sens vide perdue. Un vide qui ne demande qu'à être rempli mais pas de n'importe quoi. Oui j'ai mes exigences ! Je veux de la vie, du beau, de l'authentique qui me connecte à quelque chose de fantastique. Je veux vibrer haut tellement haut que j'aurai le, recul suffisant pour voir un monde que je ne connais pas encore celui de l’amitié, de l’aventure du théâtre. Un monde de rire et de joie.
Si Maman m'entend j'imagine qu'elle va appeler un psychologue à la rescousse pour sauver sa fille chérie.
&&&
Cher journal aujourd'hui maman m'a offert un cadeau. Je l'ai trouvé ce matin sur la table de la salle à manger avec ce mot : Ma chérie je t'aime ne doute jamais de mon amour pour toi.
Je l'ai déballé et après j'ai pleuré. C'est un sac d'Yves Saint Laurent. J'en rêvais. Il est grand comme celui de Mary Poppins pour y cacher mes souvenirs nostalgiques. Bleu océan je peux toucher la MER. Sa texture est douce, enfin quelque chose de réconfortant.
Il est onéreux peut-être qu'on mangera des pâtes le mois prochain? Je ressens de la joie. J'invoque avec le cœur son amour. Je lève la tête et oui c'est ça, j'aperçois un début de lumière, un début d'espoir.
Peut-être que maman m’aime vraiment ?
L’ENTRETIEN PSY
Valérie : C’est au sujet de ma fille. J’ai toujours veillé à ce qu’elle ne manque de rien sur le plan matériel. Mais pratiquement c’est ma mère qui l’a éduquée .
PSY : Vous n’aviez sans doute pas le choix.
Valérie : C’est plus compliqué que cela. Je vois que vous n’avez pas lu le rapport de votre collègue.
Psy : En effet, paix à son âme. Je préfère ne pas être influencé et reprendre à zéro.
Valérie: Oh mon Dieu ! Je ne savais pas . Je vais donc tout redéballer.
Psy : Cela me permettra de voir où vous en êtes sur votre chemin de guérison. En fonction de votre charge émotionnelle qui est un indicateur.
Valérie : OK . Je n’ai jamais voulu avoir de bébé. Je n’ai jamais eu la fibre maternelle. En fait Océane est le fruit d’un abus. Vous comprenez. Je n’avais que 20ans, c’était ma première sortie. Ils m’ont fait boire et je me suis retrouvée ensuite à l’hôpital pour coma éthylique. J’ai accouché 9 mois plus tard.
Psy : Je comprends.
Valérie : Entretemps, Océane est devenue une adolescente qui essaie de comprendre pourquoi je suis aussi distante avec elle.
Psy : Est-elle au courant de ce qui vous est arrivé ?
Valérie : Non.
Psy : Pourquoi ?
Valérie : Maman et moi avons jugé qu’il était préférable qu’elle ne le sache pas , pour la préserver.
Psy : Quelle a été votre lien avec votre propre mère ?
Valérie : Neutre. Ma mère a surtout aimé mon père. C’était une relation fusionnelle. Parfois je me retirais pour ne pas les déranger. Puis un jour mon père n’est plus rentré. Elle a passé des heures devant la fenêtre à guetter son retour. Son corps a été retrouvé dans un ravin des années plus tard. Ma mère est devenue dépressive et j’avais l’impression de ne pas exister. Alors un soir je suis sortie, vous connaissez la suite.
PSY : Pourtant vous avez choisi de garder votre enfant.
Valérie : Non ! J’ai fait un déni de grossesse. Je ne pouvais plus avorter c’était trop tard.
Psy : Qu’est-ce qui vous a permis de surmonter ce trauma ou de reprendre le cours de votre vie ?
Valérie : J’ai eu la chance d’être suivi par votre collègue ensuite j’ai beaucoup lu et puis je me suis reconnectée à la vie. J’ai plongé dans ma passion du voyage il n’y avait pas de place dans ma vie pour Océane. Je pense que je suis restée moi-même une enfant. Maman m’a suppliée de ne pas la mettre à l’adoption. Elle m’a forcée à la lui confier.
Psy : Et aujourd’hui ?
Valérie : Aujourd’hui j’ai perdu ma mère et je dois faire face aux reproches de ma fille.
Psy : Pourquoi ne pas lui dire la vérité ?
Valérie : Je ne veux pas la voir s’effondrer.
Psy : Parlez moi de votre fille.
Valérie : Elle est merveilleuse. Tellement douce , belle, gentille, intelligente. C’est un ange.
Psy : Comment va-t-elle ?
Valérie : Elle est fort dans le questionnement .
Psy/ : Elle a donc besoin de réponses claires sur ce qui s’est passé.
Valérie : Je ne suis pas psychologue mais je suis sûre qu’elle va être choquée !
Psy : Oui, mais en même temps elle comprendra que le problème ne vient pas d’elle.
Valérie : Ce qui me bouleverse c’est qu’elle m’a demandé si je l’aime ?
Psy : Et qu’avez-vous répondu ?
Valérie : Je n’ai pas eu le courage de lui dire je t’aime.
Psy : Et après ?
Valérie: J’ai fait une folie : je lui ai offert un sac de marque. Le dernier modèle d’Yves Saint Laurent.
Psy : Comment a-t-elle réagi à ce cadeau ?
Valérie : Je ne sais pas à vrai dire, je n’étais pas là.
Psy : N’est-ce pas un double message que d’offrir sans être là pour partager le moment le plus précieux ? Vous semblez avoir du mal avec les émotions n’est-ce pas ?
V : Océane n’a jamais été mon bébé mais celui de ma mère qui a pris conscience sur le tard qu’elle m’a complètement négligée. Avec Océane elle a voulu se rattraper. Et moi je voulais juste tourner la page et me libérer de cette histoire. Ma conscience était tranquille à l’époque. Ma mère lui a donné tout son amour , celui que je n’ai jamais reçu et moi j’ai assuré matériellement.
Psy : Pensez-vous qu’on puisse acheter l’amour avec du matériel ?
V : Mais c’est ma façon de l’exprimer.
Psy : De quoi avez-vous peur ?
V : J’ai peur de la regarder en face et de lui dire la vérité. Comment puis-je soutenir son regard en lui disant je t’aime alors que je l’ai abandonnée chez ma mère ! Je ne veux pas la voir souffrir comme j’ai souffert , je veux la voir heureuse.
Psy : Pourquoi ?
V : Parce que je l’aime !
Psy : C’est ça que votre fille veut entendre et surtout ressentir. Je pense qu’il est vraiment important de le lui dire surtout si elle vous le demande. Sachez que le regard et la voix ne trompent pas.
V : Merci. J’ai compris.
VENDREDI TREIZE
Océane
« Treize comme vendredi 13, cela tourne en boucle dans ma tête.
Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi maintenant ? Mamie pensait bien faire avec sa lettre posthume parfumée au muguet. Treize fois, j’ai crié, hurlé ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible. Je suis infestée par la colère. J’ai le fioul de la haine, cela affecte tout mon corps, toutes mes cellules. Je dois désormais apprendre à vivre avec cette nouvelle. Mon père est un violeur ! J’ai dans le sang les gènes d’un criminel ! Je lutte contre mes propres émotions, mon cœur me fait mal. Je me répète « retrouver la raison » pour ne pas sombrer. Je me sens sale.
Je n’ose plus me regarder dans le miroir. Qui suis-je réellement ? Le fruit du péché ! Que vais-je devenir ? Je dois dire NON à la haine, non à la colère. Le choix de mes études en psychologie n’est donc pas un hasard ! J’ai été guidée inconsciemment vers cette voie. J’ai mal à la gorge, j’ai envie de crier cette vérité pour me libérer. Ecrire m’a toujours aidée mais cette fois cela ne suffit plus. Ce passé qui s’impose dans mon présent sans y être invité pour me barrer le chemin de demain. Crier, j’ai envie de crier encore et encore cette haine contre qui ? Contre quoi ? Je dois trouver une issue ou mourir.
&&&
Erwin : Salut
Oceane : Salut.
Erwin : Bravo pour ton slam : « Le droit au bonheur » on sent que ça vient de tes trippes. Et ça secoue.
Océane : C’est vrai ?
Erwin : Vraiment géniale. Mais « Non à la haine » m’as encore plus épaté. Tu slames depuis longtemps ?
Océane : Non. C’est la première fois.
Erwin : Tu es douée. Si tu veux nous rejoindre ce soir chez Marie , on va préparer la prochaine soirée slam. Tu es la bienvenue.
Océane : OK. Avec plaisir merci.
Erwin : A tout à l’heure. Je vais me préparer pour mon tour.
Océane : C’est quoi le thème ?
Erwin : Oui à l’amour.
&&&
Psy : Vous n’avez pas l’air bien Madame.
Valérie : Ma fille est partie.
Psy : Après de brillante études en psychologie cela me paraît normal.
V : Elle n’est pas partie parce qu’elle a terminé ses études !
Psy : Je vous écoute.
V : Ma mère m’a trahie ! Elle a envoyé une lettre posthume à Océane ! Juste au moment où je me suis attachée à elle. Nous avions pourtant convenu toute les deux qu’il valait mieux pour Océane qu’elle ne sache pas la vérité. Mais ce que je ne comprends pas c’est qu…
Psy : Quoi donc ?
V : Ma fille a pris toutes ses affaires en partant sauf son poisson rouge.
Psy : Que représente-t-il ?
V : C’est un cadeau que je lui ai fait le jour de son huitième anniversaire. J’ai même retrouvé le mot que j’avais glissé dedans « Ma chérie, aujourd’hui c’est ton anniversaire. Je ne suis pas là à mon grand regret. Mais crois-moi tu es dans mon cœur. Je t’envoie tout mon amour. Ce poisson rouge pour te rappeler la belle journée passée à l’aquarium. Je sais que tu aimes les poissons. Dès que je reviendrai de mission on fêtera une deuxième fois ton anniversaire. Maman qui t’aime. »
Psy : J’imagine que vous avez tenu votre promesse lorsque vous êtes revenue de mission.
V: Non ! Je n’ai jamais tenu aucune de mes promesses. Elle a passé son enfance et son adolescence à m’attendre. Comment ai-je pu lui faire ça ? J’en prends conscience seulement maintenant. Je regrette tellement. J’ai peur d’avoir perdu ma fille définitivement.
Psy : Je ne suis pas devin. Mais votre fille a besoin de maturer, de se connaître, de traverser la tempête émotionnelle qu’elle vit actuellement. Cela nécessite du temps. Beaucoup de temps celui de la guérison, celui du deuil.
V Je ne serai peut-être plus là quand elle sera prête si cela arrive un jour.
Psy : Le jour où elle deviendra mère à son tour, la donne changera. Si elle a laissé son poisson rouge, je pense que ce n’est peut-être pas un adieu.
+++
V : Allo bonjour.
Océane : Bonjour maman.
V : Océane ! Oh mon dieu ! C’est toi après tant d’années. Comment vas-tu ma chérie ?
Océane : Je vais bien, Maman. Je vais passer mon doctorat.
Maman : Bravo !Sur quel sujet ?
Océane : Troubles de l’attachement. C’est un sujet qui me tient à cœur. Mais j’ai besoin de toi.
Maman : Oui !Dis-moi qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?
Océane : Je passe mon doctorat la semaine prochaine et je n’ai toujours pas de crèche. Erwin est en voyage et je n’ai personne pour la petite ? Je suis sous pression. Peux-tu me dépanner en gardant Marina ?
Maman : Mais je ne savais pas que tu avais un bébé ! Enfin oui, oui. Avec plaisir. Marina ma petite fille ! Qu’elle bonheur.
Océane : Maman est-ce que tu as gardé mon poisson rouge ?
Maman : Oui ! Je l’ai gardé et il est resté là où tu l’as laissé.
FIN
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